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Présidentielle en Iran : quel impact sur l’économie ?

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Par Mohammad Amin*

Sur les six candidats à la présidentielle retenus (sur plus de 1600) par le Conseil des gardiens sous les ordres du « guide suprême », la dispute principale a eu lieu entre les deux favoris : Hassan Rohani au turban blanc, le président sortant qui a occupé les plus hautes fonctions de sécurité durant plus d’un quart de siècle et Ebrahim Raïssi au turban noir, juge ayant prononcé le massacre de milliers de prisonniers politiques, homme-clé de l’appareil judiciaire depuis 1980, et à la tête d’une des plus grandes fondations économico-religieuse du monde, Astan-e Qods Razavi.

La crise économique a dominé les débats télévisés de la présidentielle. Les candidats se sont attaqués avec une rare violence, déballant des détournements d’argent public. Mohammad-Bagher Ghalibaf, l’actuel maire de Téhéran a dénoncé l’importation en contrebande de « plusieurs tonnes de vêtements italiens » par la fille du ministre de l’Education de Rohani, ce dernier a répliqué en fustigeant l’incompétence du gouvernement Ahmadinejad pour avoir tardé à retirer les avoirs de l’Iran des banques du Luxembourg, ce qui, cette année, a permis aux tribunaux américains de geler deux milliards de dollars, les dommages et intérêts des victimes des opérations terroristes de Téhéran.

Toutefois, les deux parties ont gardé un silence radio sur les trois questions clés dont elles s’accordent : le respect total de l’accord sur le nucléaire (JCPOA) avec les 5+1, le monopole des gardiens de la révolution (pasdaran) et d’EIKO (conglomérat extrêmement riche sous contrôle du guide suprême) sur la majeure partie de l’économie iranienne, et le financement des dépenses abyssales de la guerre en Syrie, de Bachar Assad et de dizaines de milices (le Hezbollah libanais, les Houthis du Yémen, la Hachd al-Chaabi en Irak…)

Le respect de la JCPOA signifie que toutes les factions s’accordent à persuader les entreprises occidentales d’entrer et d’investir sur le marché iranien, tout en prenant soin d’éviter le moindre changement d’orientations politiques ou stratégiques du pouvoir iranien.

L’emprise des pasdaran et de l’EIKO sur l’économie, fait dorénavant partie intégrante de la structure économique du pays, ce qui rend impensable sa mise en question.

Et enfin, les dépenses relatives aux ingérences militaires de Téhéran dans la région, s’inscrivent dans la stratégie globale de cette théocratie et sont des questions taboues durant la campagne.

La convergence de vue sur ces trois points résulte de l’adhésion totale des deux factions à la politique et aux lignes conductrices dont le monopole revient au Guide suprême.

Ainsi, on voit mal comment le résultat de cette élection puisse déboucher sur une véritable ouverture pour l’économie iranienne. L’expérience des quatre dernières années confirme ce constat :

Le JCPOA avait fourni une excellente occasion au régime pour une ouverture économique. Hassan Rohani a été accueilli en grande pompe à Paris et à Rome. Des dizaines de délégations commerciales et diplomatiques, notamment de France, se sont ruées à Téhéran. A l’occasion de ces visites, de nombreux protocoles d’accords en vue de transactions et d’investissement ont été signés suite à la levée des sanctions qui ont permis de ramener les exportations pétrolières au niveau d’avant (2,4 millions barils par jour).

Mais les retombées sont des plus maigres : même si l’inflation a baissé, la récession s’est aggravée. La crise aiguë du chômage (officiellement 12 ,5% est de 40% selon les économistes iraniens, soit 10 millions de chômeurs), la faillite de 14 des 31 banques publiques et privées du pays, la faillite des caisses de retraite, la paralysie du gouvernement en raison des caisses vides et une dette publique de plus de 212 milliards de dollars, ont déçu les entreprises occidentales.

Au terme de son mandat, le bilan du gouvernement Rohani reste choquant : « les problèmes économiques du pays ne se résoudront pas, même d’ici cent ans », déplore une agence officielle.

L’économie iranienne offre une importante capacité en raison d’un marché de 80 millions de consommateurs impatients, un besoin urgent de remettre ses infrastructures en état, une main d’œuvre qualifiée, un sous-sol et des ressources naturelles riches, notamment 9.3% des réserves pétrolières et 18,2% des réserves gazières mondiales. Mais son ouverture vers le monde nécessite un changement d’orientation de la théocratie en place et non un changement de couleur des turbans le19 mai.

* Mohammad Amin, est chercheur associé à la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO).


1- Voir sur http://www.fondationfemo.com/images/femo-2105/Mohammad-Amin.pdf
2- Tasnimnews: https://www.tasnimnews.com/fa/news/1396/01/21/1375244)