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IRAN : élection présidentielle en trompe l’œil

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Par Nader Nouri *

La France a élu démocratiquement et au suffrage universel son président de la République, un vrai chef d’Etat qui « présidera » la destinée du pays pendant cinq ans avec un chef du gouvernement qui « gouvernera », pour reprendre une déclaration récente du vainqueur de ce scrutin. Les forces politiques battues pourront espérer continuer à peser de manière démocratique sur le destin du pays en participant aux élections législatives. Tout cela a le mérite d’être clair.

Or en Iran, l’élection d’un président du régime des mollahs n’a strictement rien à voir avec ce qu’ont vécu les Français.

Dans ce grand pays du Moyen-Orient dont les soubresauts politiques et sociaux ont toujours, à juste titre, attiré les regards, un pouvoir moyenâgeux gouverne depuis 38 ans, une théocratie totalitaire, aux apparences d’une république moderne.

L’essentiel du pouvoir, politique, économique, diplomatique, de défense et de sécurité, est concentré entre les mains d’un guide suprême religieux choisi à vie par une assemblée de 88 mollahs. Le « guide » actuel, Ali Khamenei, exerce un pouvoir sans partage depuis plus de 27 ans.

Ce serait un contresens d’imaginer que l’ « élection présidentielle » en Iran serait capable de changer quoi que ce soit dans ce pays. De nombreux Iraniens à qui cette question a été posée répondent avec une intelligence toute persane : « Il suffit de voir ce qui se passe depuis 38 ans et où en sommes-nous aujourd’hui ?»

Cette contradiction ou dualité entre un pouvoir régi selon des règles archaïques (lois misogynes, exécutions publiques, châtiments corporels, guerres extérieures, propagation de l’intégrisme islamiste et le terrorisme qui en découle…) et un système électoral « moderne », a induit en erreur, plus d’un en Occident.

Dans ce pays, un Conseil des gardiens de la Constitution (douze membres : six religieux désignés par le Guide et six juristes désignés par le chef du judiciaire) passe au crible toutes les candidatures à chaque élection, présidentielle, législative ou municipale …

Parmi les six candidats retenus par le Conseil des gardiens sur 1636 candidatures, les deux principaux, étaient des mollahs : le président sortant, Hassan Rohani et Ebrahim Raïssi connu pour son rôle dans le terrible massacre de 30.000 prisonniers politiques en été 1988.

Raïssi avait été le favori du Guide, sa victoire aurait pu permettre à ce dernier d’unifier la base du pouvoir, profitant ainsi de la mort subite en janvier d’Akbar Hachemi-Rafsandjani, qui fut un soutien de poids pour Hassan Rohani. Mais l’échec de ce qu’on appelle en Iran l’« ingénierie » électorale de Khamenei pour faire gagner Raïssi a échoué, il s’est résigné à garder Rohani mais sous étroite surveillance .La volonté manifeste du guide signifie que le régime va vers plus de crispation à l’intérieur (davantage de répression) comme à l’extérieur (poursuite de la guerre en Syrie, en Irak et au Yémen).

En soi, le scrutin du 19 mai n’a, en tout état de cause, aucun impact décisif sur la politique générale et étrangère du régime, décidée par le seul Khamenei. Sur le plan intérieur, le pouvoir est menacé par une économie fragile et une population déçue par l’absence des retombées économiques de l’accord sur le nucléaire, pourraient déboucher sur une explosion sociale semblable à juin 2009.

On assiste quotidiennement à des mises en garde des autorités sur les risques d’effondrement du système. Les candidats ont été avertis de se garder des propos qui pourraient affaiblir les fondements du régime, mais le débat a dérapé entre Rohani et Raïssi déballant en public les linges sales de la répression et de la corruption, au point d’inquiéter sérieusement le Guide des conséquences d’un guerre de clan qui se poursuit avec intensité même après l’élection.

*Nader Nouri est un ancien diplomate iranien à Paris, il est le secrétaire général de la Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient (FEMO)