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« Si Paris, Londres et Berlin entendent endiguer l’Iran, qu’ils se préparent à une épreuve de force » (Interview)

Jean Sylvestre Mongrenier 239

Depuis la décision du Président américain, Donald Trump de refuser de certifier que le régime iranien respecte l’accord sur le nucléaire, l’incertitude domine sur les relations futures entre l’Iran des ayatollahs et le reste du monde en particulier les Etats-Unis et l’Europe. La FEMO a interrogé le spécialiste et universitaire Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More. Nous vous invitons à prendre connaissance de sa lecture pertinente des évènements et de son analyse originale.

 

 Q. La nouvelle stratégie américaine à l'égard de l'Iran annoncée par Donald Trump, peut-elle affaiblir la position régionale de l'Iran

Il n’est pas encore assuré que l’on puisse parler d’une stratégie, au sens précis du terme, moins encore que la nouvelle attitude à l’égard de l’Iran s’inscrive dans une « grande stratégie » pour le Moyen-Orient (la « grande stratégie » est l’art de diriger la force vers les fins politiques à atteindre). Assurément, c’est un tournant par rapport à la diplomatie Obama qui, au-delà de la question nucléaire, entendait faire de l’accord du 14 juillet 2015 le point de départ d’une nouvelle politique américaine à l’égard du régime chiite islamique iranien. Au moyen d’un rééquilibrage des relations américaines dans la région, Barack Obama pensait pouvoir transformer Téhéran en un « honnête courtier » en Syrie qui contribuerait à la pacification sur le terrain comme au Moyen-Orient. Il a méconnu la réalité du régime, son ADN idéologique et ses intentions stratégiques. Ce n’est pas trop s’avancer que de parler d’échec global.

Donald Trump et les principaux membres de son Administration, s’ils semblent ne pas être totalement en phase sur ce qu’il faut faire de l’accord nucléaire, sont conscients de la volonté dominatrice du régime au Moyen-Orient et de ses effets néfastes, directs et indirects, pour les régimes arabes sunnites et Israël comme dans l’ensemble de la région et, si l’on se projette dans le temps, pour l’Europe et la « plus Grande Méditerranée ».

Cette Administration entend donc bloquer l’expansionnisme chiite, du golfe Arabo-Persique à la Méditerranée orientale, voire refouler Téhéran. Le rétablissement de sanctions économiques ne suffira certainement pas à faire rentrer le mauvais génie dans la lampe d’Aladin. Sur le théâtre syro-irakien, il faut pouvoir disposer de forces au sol et il n’est pas sûr que les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qui viennent de reprendre Rakka, et les restes de l’Armée Syrienne Libre (ASL) suffiront à la tâche. Dans l’Est syrien, la politique américaine manque de lisibilité. Elle donne le sentiment que Washington ne cherche qu’à retarder l’inéluctable, i.e. la reprise de contrôle de la région par les forces du régime de Damas, avec l’appui de Moscou, de Téhéran et de ses milices panchiites. Dans l’ensemble, une politique réactive, sans véritable boussole stratégique et projet politique pour le Moyen-Orient. On constate ici les limites d’un « pragmatisme » réducteur, privé d’une « grande idée » et d’un corps de valeurs explicite sur lesquels fonder une stratégie globale (une « grande stratégie »). Pourquoi contrer les agissements de Téhéran et pour quoi faire, i.e. dans quel objectif ? Non sans solides raisons, Donald Trump met en accusation le régime, mais il ne le fait pas en indiquant des fins positives ; il n’ouvre pas un horizon politique pour l’Iran, les Iraniens et l’ensemble de la région. Si le régime en question est effectivement démonique, une logique de « régime change » s’impose : sans prétendre s’engager dans un renversement direct et mener une vaste opération de nation-building, il convient de dire les choses telles qu’elles sont, de mener une « guerre de l’information » (comme Radio Free Europe à l’époque de la Guerre Froide), de proposer un autre avenir et de soutenir vigoureusement les forces d’opposition. A moyen et long termes, la réponse réside dans un changement politique fondamental à Téhéran.

 

Q. Le président Macron et les dirigeants européens s'inquiètent de l'avenir de l'accord nucléaire, mais partagent les inquiétudes des Etats-Unis sur la poursuite du programme balistique et les ingérences régionales de la théocratie iranienne. L’Europe pourra trouver un terrain d'entente avec les USA sur ce sujet?

Il est vrai que même sur le versant européen de l’Atlantique Nord, nous n’en sommes plus à l’autocongratulation quant à l’accord du 14 juillet 2015 et à ses effets hypothétiquement positifs. Exception faite que le régime iranien, dans les grandes lignes à tout le moins (le détail est moins clair), respecte cet accord sur le plan technico-nucléaire, Téhéran a déçu les attentes investies par les Occidentaux. L’esprit de l’accord n’est pas respecté et nous sommes déjà loin de la vision d’un régime assagi, en voie de sécularisation, censément plus soucieux de mener une politique de développement, et d’insérer le pays dans les réseaux de la mondialisation, que de conduire une stratégie de « sanctuarisation agressive », au service d’une politique de domination régionale. Adieu, le rêve d’une démocratie islamique de marché ! Il est significatif que les Français, les Britanniques et les Allemands pointent eux aussi le programme balistique iranien et la déstabilisation de la région, avec d’inévitables chocs en retour. Les régimes et les populations arabes sunnites n’accepteront pas une domination chiite dans la région. Il faut d’ailleurs redouter que Rakka à peine tombée, des formes nouvelles de jihadisme sunnite surgissent, face à la politique sectaire de Téhéran et Bagdad, en réaction aux exactions des milices panchiites sur le terrain. Dans une certaine mesure, les capitales européennes valident donc l’analyse faite par Donald Trump. Avec le recul, on comprend que le prétendu succès diplomatique de juillet 2015 n’en était pas un. Sur le plan du nucléaire, les échéances ont été reportées, mais quant au fond, rien n’a été définitivement réglé. Et 2025, c’est demain ! Dans l’intervalle, le souci occidental de conserver cet accord aura conféré à Téhéran une quasi-sanctuarisation et lui aura permis de pousser les feux dans la région.

Non sans de solides raisons techniques, les diplomaties européennes entendent pourtant conserver cet accord, mais en lui ajoutant deux piliers supplémentaires : la limitation du programme balistique du régime et le refoulement de ses ambitions au Moyen-Orient. Emmanuel Macron semble vouloir jouer les intermédiaires. Pourquoi pas ? L’Occident a besoin d’un pilier européen et il pourrait y avoir des synergies entre un pôle « force dominance » d’une part (les Etats-Unis) et un pôle « soft diplomacy » de l’autre (il faudrait plutôt pratiquer une diplomatie de force, i.e qui suppose un volet militaire « fort »). Cela dit, ne nous leurrons pas. Téhéran n’acceptera pas une remise en cause de ce qui a été acquis par la négociation, le résultat lui étant globalement favorable : l’essentiel de l’infrastructure nucléaire est préservé, les sanctions sont levées, le pouvoir et l’influence du régime s’étendent au Moyen-Orient et la date-butoir de 2025 est toute proche. Dès lors, pourquoi le régime iranien s’engagerait-il dans une nouvelle négociation ? Si Paris, Londres et Berlin entendent véritablement endiguer l’Iran, que ces capitales se préparent à une épreuve de force et au rétablissement de sanctions (les Gardiens de la Révolution ont d’ores et déjà annoncé l’accélération du programme balistique). Et cela ne suffira probablement pas. Sauf à renoncer aux objectifs posés, en espérant que le régime, pour des raisons qui m’échappent, fasse preuve de retenue, nous n’éviterons pas l’épreuve de force. Nous devons y préparer l’opinion publique, expliquer ce que signifient l’accès des Gardiens de la Révolution, et des milices qui leur sont affidées, à la Méditerranée orientale. A quand des frappes iraniennes, via le Hezbollah ou autres « proxies », sur Israël ? Et sur les installations d’exploitation du gaz dans le Bassin levantin ? Cette violence, qui bouscule les équilibres en Méditerranée orientale, ne va-t-elle pas gagner le bassin occidental et l’Afrique du Nord ? Au total, en juillet 2015, nous avons reculé pour plus mal sauter. Par impolitique et au nom d’une approche dite « pragmatique » (un « deal », un accord prétendument « win-win »), alors qu’il eût peut-être été préférable de maintenir plus longtemps le front occidental uni et l’embargo pétrolier afin d’amener le régime à céder sur l’essentiel.

 

Q. L'inscription par le Trésor américain des gardiens de la révolution sur la liste SDGT (Specially Designated Global Terrorist )pourra être suivie d'une inscription par l'UE de cette entité sur la liste terroriste? L'UE participera aux sanctions?

Nous n’en sommes pas encore là en Europe. Le Département d’Etat n’a d’ailleurs pas inscrit les Gardiens de la Révolution sur sa propre liste des organisations terroristes ; les mesures annoncées par Donald Trump, comme vous le rappelez, seront mises en œuvre par le Trésor. Certes, elles auront des implications sérieuses sur le plan financier - les Gardiens de la Révolution contrôlent une large part de l’économie -, mais cela n’a pas la même valeur politique et symbolique qu’une décision de ce type prise au niveau du Département d’Etat. Souci américain de conserver une certaine latitude d’action dans une éventuelle négociation ? Volonté de pouvoir monter en puissance dans l’adoption des sanctions, si besoin est ? A fortiori, les diplomaties européennes n’en sont pas encore à ce stade. Tous les gouvernements européens n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation ou bien aimeraient tant gagner encore un peu de temps (« Encore un instant, monsieur le bourreau. »). Il en va de même dans les opinions publiques. Au quotidien, le misérabilisme économique et social (nous serions les nouveaux « damnés de la terre ») et les débats à n’en plus finir sur l’équivalent contemporain du sexe des anges (souvenons-nous de la chute de Byzance) divertissent les esprits. On croit pouvoir mettre le monde extérieur entre parenthèses. L’état d’esprit des sociétés post-modernes est plus inquiétant encore que les défis extérieurs qui, d’une génération à l’autre, se renouvellent tout en se perpétuant.

Ce qui prime dans un premier temps est de faire converger les différentes visions de la situation, en s’appuyant sur les faits et leur analyse, de parvenir à une image d’ensemble : la nature profonde du régime, les représentations géopolitiques de ses dirigeants, l’intention stratégique de ce régime, ce que cela entraîne comme dangers pour l’Occident (l’Europe en premier lieu du fait de sa proximité géographique) et pour ses alliés et positions dans la région. Il importe d’éviter une nouvelle grande querelle transatlantique, comme à l’époque de la crise irakienne et de la guerre qui suivit (2002-2003), plus encore un éventuel « schisme d’Occident ». Si les puissances européennes doivent être lucides et faire prévaloir leurs intérêts de sécurité à moyen et long termes, des intérêts autrement plus importants que des marchés mirifiques, les responsables américains ne doivent pas négliger leurs alliés et leur point de vue. L’unilatéralisme a montré ses limites et, au cours des 15-20 dernières années, la redistribution des cartes de la puissance s’est accélérée. Un cavalier seul de la part des Etats-Unis et des actes unilatéraux auraient des conséquences gravissimes sur les alliances occidentales et le « replâtrage » serait plus difficile qu’en 2003. Autrement dit, défions-nous de l’autisme stratégique. La solidité et la pérennité de l’axe transatlantique conditionnent l’avenir de l’Occident. A bien des égards, la grande interrogation du XXIe siècle commençant réside dans la « question d’Occident ».

 

Q. Quelles seront les conséquences des sanctions contre les Gardiens de la Révolution sur les contrats commerciaux des entreprises européennes passées avec l'Iran?

On sait que les entreprises européennes se montrent déjà prudentes parce que les Gardiens de la Révolution sont très présents dans l’économie iranienne. Un contrat avec une entité considérée comme terroriste aurait des conséquences judiciaires, financières et économiques aux Etats-Unis. Aucune de ces entreprises ne prendra le risque de sanctions majeures, voire d’une exclusion du marché américain - le plus important sur le plan du pouvoir d’achat, avec la plus grande profondeur financière -, pour d’hypothétiques profits sur un marché finalement assez restreint, entravé par la bureaucratie, la corruption et les relations incestueuses entre l’appareil d’Etat et les Gardiens de la Révolution. D’un autre côté, les sanctions encourageront probablement des mesures de contournement avec divers subterfuges et l’usage d’autres monnaies que le dollar, mais on peut penser que ce sera au bénéfice de régimes engagés dans une logique anti-occidentale. Bref, le mirage iranien devrait se dissiper. L’approche « business » de la question iranienne est fallacieuse et ne peut mener qu’à des déconvenues. La problématique d’ensemble est beaucoup plus ample et il importe de l’approcher avec la gravité qui sied : la géopolitique est par essence dramatique, et l’Histoire est tragique.

 

Q. Certains avancent cet argument que la mise en cause de l'accord sur le nucléaire avec l'Iran par les Etats-Unis aura des conséquences néfastes sur le traitement de la crise avec la Corée du Nord. Est-ce un argument justifié ? La crise avec la Corée est-elle le résultat d'un manque de négociation de la part de l'Occident? 

Cela ne me semble pas sérieux. Le régime nord-coréen a sa logique propre et ce n’est pas par dépit ou par manque de bonne volonté de la part des Etats-Unis qu’il conduit avec constance et ténacité son programme nucléaire, et ce depuis trois décennies. Ce « régime-bunker » et proliférateur, qui a coopéré avec l’Iran et d’autres régimes proliférateurs, est également engagé dans une logique de « sanctuarisation agressive ». D’une part, il est essentiel de comprendre que la possession de l’arme nucléaire n’implique pas automatiquement une stratégie de dissuasion : la dissuasion n’est pas une loi du monde (comme la loi de gravité) et on ne peut exclure un emploi coercitif de l’arme nucléaire (une stratégie d’action). D’autre part, Pyongyang pourrait se croire stratégiquement invulnérable et prétendre conduire une opération de conquête de la Corée du Sud, voire une guerre contre le Japon, avec de terribles effets en retour, sur le plan régional comme à l’échelon mondial. En tout cas, la Corée du Nord n’est pas le simple reflet des politiques occidentales. Celles-ci ont plutôt péché par leur négligence et leur inconséquence. Au sortir de la Guerre Froide, il semblait évident que le régime communiste nord-coréen était historiquement condamné : il suffisait d’attendre. D’où l’absence de réelle stratégie et le refus de bombarder les installations nucléaires nord-coréennes en 1994. Un aveuglement sublimé par une philosophie de l’Histoire indigente.

D’une manière générale, ce type de raisonnement constitue une variation sur le thème des « hommes-causes » (les dirigeants occidentaux, responsables de tout et son contraire) et des « hommes-effets » (les dirigeants des autres pays, notamment des « Etats voyous » et des puissances révisionnistes, qui ne feraient que réagir aux premiers). C’est étonnant de constater que ce mode de pensée, de facture tiers-mondiste, a imprégné en profondeur les esprits en Occident. Il est vrai que c’est rassurant et cela permet de rationaliser des attitudes complaisantes, pour ne pas parler d’apaisement. Un tenant de la psychologie des profondeurs dirait que c’est aussi une manière illusoire de se placer au centre de l’histoire mondiale : en dernière instance, tout dépendrait encore et toujours de nous, Occidentaux. D’aucuns pensent aussi qu’il suffirait de se faire tout petit pour échapper aux fracas du monde et aux défis historiques. Mais comment cela serait-il possible ? Un individu peut faire le choix de se retirer du monde des hommes, de vivre en ermite et de se consacrer à Dieu. Un Etat, moins encore s’il a une certaine importance, un continent (l’Europe), une civilisation a fortiori (l’Occident), ne peuvent se dérober. Conservons à l’esprit cette exhortation de l’historien britannique Arnold Toynbee : « Challenge and response ». C’était pour lui le moteur du développement des cultures et des civilisations, le secret de leur persévérance dans l’être.

 

Q. Quelle peut être les conséquences de ce revirement américain avec l'Iran, sur les relations entre la Russie et l'Iran, cette alliance régionale observée en Syrie entre ces deux régimes, sera-t-elle affaiblie par la décision de Trump?

De prime abord, je soulignerais le fait que bien des experts occidentaux auront été longs à admettre la réalité et la profondeur de ce partenariat géopolitique, mis en place dès les années 1990 (cf. la « doctrine Primakov »), progressivement transformé en alliance. Peut-être est-ce dû à la prédominance de l’OTAN, devenue l’archétype de l’alliance : s’il n’y a pas un texte en bonne et due forme, avec un préambule ambitieux (une sorte de « profession de foi » civilisationnelle), et l’équivalent de l’article 5 (la clause de défense mutuelle), on peine à voir dans un autre type de regroupement de pays une véritable alliance. Toujours est-il que la Russie et l’Iran ont renforcé leurs liens, jusqu’à intervenir militairement et manière concertée en Syrie. On sait aujourd’hui que l’opération a été concoctée alors même que la négociation de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 n’était pas achevée. A l’époque, des gens soi-disant informés soulignaient la contrariété de la Russie, bientôt évincée des affaires iraniennes par les Etats-Unis. Ils anticipaient une forme d’alliance américano-iranienne : un « grand renversement » au Moyen-Orient. Pourtant, l’annonce quelques semaines plus tôt de la prochaine livraison à l’Iran des S-400 russes aurait dû appeler l’attention de ces experts. Mais ils voulaient y voir un baroud d’honneur : la Russie qui cherche à sauver les meubles ; ou encore une simple « prise de bénéfices », avant la faillite de son partenariat avec l’Iran. En l’état des choses, cette alliance russo-iranienne existe bel et bien et elle a produit des effets positifs pour l’un comme pour l’autre. Le front russo-chiite sur le théâtre syro-irakien a permis à la Russie de reprendre pied dans la région et de se poser en acteur géostratégique de premier plan ; le régime iranien a pu ouvrir un « corridor chiite » jusqu’en Méditerranée orientale, avec des positions à proximité des frontières d’Israël (le plateau du Golan) et la possibilité d’obtenir une base sur la Méditerranée orientale (cf. le « croissant chiite » des années 2000, longtemps présenté comme une construction idéologique, voire un phantasme).

Ces deux acteurs s’inscrivent dans une logique de destruction de la longue hégémonie américano-occidentale et ils sont persuadés que leur heure est venue. Leur objectif n’est pas simplement d’obtenir une meilleure place au « grand banquet de la nature », selon l’expression de Malthus, mais de prendre la direction des affaires régionales. Vladimir Poutine raisonnant sur le plan mondial (c’est un nostalgique de l’URSS brejnévienne), il pourrait accepter l’idée d’une sorte de condominium russo-iranien au Moyen-Orient, la priorité étant d’évincer les Occidentaux. Il reste à voir si la Russie, entre les discussions avec Israël, son alliance avec l’Iran, sa volonté de développer les relations avec l’Arabie Saoudite et de s’entendre sur le prix du pétrole, ne va pas se heurter à des contradictions insurmontables. D’autant plus qu’il sera difficile de transformer les succès tactiques en Syrie en une victoire d’ensemble. La situation reste et restera très incertaine : le Moyen-Orient est un volcan réveillé. En résumé, le manque de lucidité et/ou le « court-termisme » des dirigeants occidentaux, ainsi que le panurgisme de certains experts, ne signifient pas que la Russie ou l’Iran soient omniscients et tout-puissants. Il en est de même pour la Chine populaire qui, voyant en l’Iran le carrefour moyen-oriental de ses « nouvelles routes de la soie », se montre tout aussi laxiste et ambiguë au Moyen-Orient que dans l’affaire nord-coréenne. Le problème se situe du côté de l’Occident qui doit renouer avec l’impératif de puissance.