Arabie-Iran : Le grand choc…. ?
Gérard Vespierre, Conférence Université « Paris Dauphine » 17 Janvier 2018

« Khamenei, nouvel Hitler du Moyen-Orient... » a récemment déclaré Mohammed Ben Salman, Prince héritier d'Arabie Saoudite. Jamais les échanges n'avaient été aussi rudes...

Depuis la seconde guerre mondiale, Arabie Saoudite et Iran ont été dans le camp des alliés des Etats-Unis. Ces deux pays ont conjointement participé à la création de l'OPEP.

Quel a donc été l'élément de rupture ? La chute du Shah, l'arrivée de l'Iman Khomeini, et la création d'une République islamique ont constitué les premières circonstances d'éloignement. La mise en avant par l'Iran d'un arc chiite du Pakistan au Liban et son utilisation comme arme politique d'influence a constitué un élément de rivalité entre ces 2 pays, leaders l'un du sunnisme, l'autre du chiisme. Les différences religieuses sont-elles essentielles ?

Ce sont les « Pasdarans », les milices chiites, le Hezbollah libanais, encadrés par les officiers iraniens, qui présents en Syrie, en Irak, au Yémen, créent et aliment le conflit. Le politique et non le religieux constitue la trame de cette rivalité. Les populations chiites et sunnites du monde continuent toujours ensemble leur pèlerinage à La Mecque...


Autre sujet de tension, le programme nucléaire iranien. Il fut extrêmement difficile d'amener l'Iran à la table des négociations. Cette bataille a duré 10 ans, entre sanctions économiques et « guerre de l'ombre ». Les étapes clés sont présentées par le conférencier.

D'officieuse, l'opposition entre Arabie et Iran devient officielle en 2016. Le Prince Turki Ben Fayçal, petit-fils du fondateur du Royaume apporte son soutien au Conseil National de la Résistance Iranienne, devant plusieurs dizaines de milliers d'iraniens .... en France... à Villepinte.

2017 marque des étape supplémentaires. Le nouveau président des Etats-Unis offre à Riyad, une vision nouvelle. Le régime de Téhéran est présenté comme le « fauteur de troubles ». La vision américaine du « regime change » apparaît officiellement.

Israël se dit également prêt à apporter son soutien à l'Arabie Saoudite, et procède régulièrement à des frappes en Syrie contre des dépôts d'armement des milices chiites.

La rivalité entre Arabie Saoudite et Iran, ne prendrait-elle pas alors la forme d'une alliance multipolaire... ?


En 2018 La pression internationale contre le régime iranien va augmenter. Les investigations s'intensifient sur le massacre des 30.000 prisonniers politiques de l'été 1988. Elle s'exprimera d'avantage contre les « Pasdarans » et les sociétés impliquées dans la réalisation des programmes de missiles.

Les émeutes très récentes sont bien plus dangereuses à terme pour le régime que la contestation de 2009. Elles expriment un champ de revendications beaucoup plus large, politiques, financières, sociétales, aboutissant à la condamnation globale du régime.

Le Gouvernement saoudien se prépare dans le cadre d'une « Vision 2030 » à faire évoluer profondément son pays, dans le cadre d'une ouverture interne, et d'une vaste coopération internationale, là où l'Iran se trouve isolée, et en proie à la fois à la stagnation économique et à la contestation politique intérieure.

Pas d'affrontement frontal, mais une rivalité globale se profile entre les deux pays. L'initiative a changé de camp.