Iran- Guerre ou Paix
(10/02/2015)

Conférence à la Paris Business of School

La Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient a tenu le jeudi 10 décembre 2015 à la Paris School of Business, un colloque intitulé « Iran : guerre ou paix ? » qui faisait suite notamment à l'accord sur le programme nucléaire iranien et l'intensification du conflit syrien qui gangrène l'ensemble du Moyen-Orient, avec la participation de François Colcombet, président de la FEMO, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po et Afchine Alavi, membre de la Commission des Affaires étrangères du CNRI (opposition iranienne).

François Colcombet, président de la FEMO, a apporté des précisons historiques sur l'Iran et le contenu de la Constitution du régime iranien qui préconise « l'exportation de la révolution islamique » et « l'union du monde musulman sous la tutelle du guide suprême ». Un « califat » iranien proclamé bien avant celui de Daech. Il a rappelé que Paris n'en est pas à sa première expérience du terrorisme inspiré par la religion: au milieu des années 80 est apparue ce qui était à l'époque une forme nouvelle de terrorisme. Paris a été ensanglanté par une vague d'attentats que les enquêteurs attribueront à un réseau islamiste dont les agents opérationnels étaient fournis par le Hezbollah libanais et dont les ficelles étaient tirées par l'Iran. Entre décembre 1985 et septembre 1986, quelques 13 attentats ont frappé Paris, avec à chaque fois, des morts et des dizaines de blessés. Le plus meurtrier de ces attentats sera celui de la rue de Rennes où une voiture piégée a explosé près du magasin Tati provoquant un carnage jusque-là inconnu des Parisiens.

Le spécialiste de la géopolitique et des relations internationales, Bruno Tertrais a axé son intervention sur le programme nucléaire iranien et l'irréalité d'un accord qui ne répond pas aux objectifs que s'était fixés la communauté internationale, c'est à dire la garantie de la non-prolifération nucléaire. "En effet l'accord permet de gagner un peu de temps face à un programme nucléaire engagé il y a maintenant 30 ans. Que l'on se souvienne de ce qui s'était passé en 1994 avec la Corée du Nord, lorsque les négociateurs américains étaient persuadés que le régime se serait transformé en 2004." "La crise iranienne est loin d'être réglée et l'accord n'amène aucun effet positif sur le Moyen-Orient bien au contraire. L'Iran lutte déjà contre le groupe État islamique, parce que c'est dans son propre intérêt. Dans le même temps, une meilleure situation financière et budgétaire, du fait de la suspension des sanctions, permettra à Téhéran de maintenir, voire d'accroître, son investissement militaire en Syrie en soutien au régime sanguinaire de Bachar al-Assad et des milices chiites irakiennes, dont le comportement a largement favorisé l'émergence de du groupe État islamique. Et l'Arabie saoudite, estimant que son protecteur américain l'a trahie, continuera à se poser la question d'une éventuelle option nucléaire nationale, le brasier présent au Moyen-Orient n'est pas prêt de se réduire car l'Iran est un pompier pyromane."

Le docteur en géopolitique, Frédéric Encel, exposa l'idée d'une lutte complexe en Syrie. Selon lui, "l'Occident devrait faire preuve d'une tolérance zéro face à l'ingérence néfaste de l'Iran en Syrie. "Téhéran ne devrait pas avoir son mot à dire sur l'avenir politique de la Syrie. Il faut travailler avec les Kurdes et les forces modérées en Syrie pour remplacer Assad et combattre Daesh et travailler avec la résistance iranienne contre l'extrémisme iranien. Nous devons ainsi travailler en collaboration avec des alliés modérés pour les combattre. Ce n'est qu'ainsi que nous serons en mesure de briser ce cycle de la violence."

Le membre de la commission des affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne, Afchine Alavi, a pour sa part analysé l'image trop simpliste que l'on présente parfois dans les médias d'un Iran puissant capable de devenir un allié pour la communauté internationale dans la région. S'appuyant sur des chiffres et étayant le bilan impitoyable du régime, il a exposé l'impasse économique, mais surtout l'échec géopolitique du régime iranien dans son entreprise d'exportation de la révolution et de l'extrémisme. Il a évoqué les échecs du régime iranien en Irak, et surtout son affaissement dans le bourbier syrien.

La Fondation d'Etudes pour le Moyen-Orient est satisfaite de la tenue de ce colloque qui fut très riche en enseignement pour les étudiants de la Paris School of Business Paris 13e, les échanges qui ont suivi les interventions de nos participants furent nombreux, notre laboratoire d'idées est particulièrement optimiste envers une jeunesse avide de comprendre et d'analyser les turpitudes du monde.