Iran : en attendant la tempête

Largement décrédibilisé et en butte avec une crise de légitimité sans précédente résultant du boycott général des élections présidentielles du 18 juin, le « guide suprême », Ali Khamenei, se trouve en première ligne face à une colère populaire grandissante et la multiplication des mouvements sociaux, dont une grève importante au cœur de l’industrie pétrolière. Sur le nucléaire, une nouvelle phase de fuite en avant et de la surenchère est en perspective.

Par Nader Nouri

Les nuages s'amoncellent au-dessus de l'Iran et le monde s'interroge sur les conséquences de la récente « élection » présidentielle, un point tournant majeur dans l'histoire de la République islamique. Deux développements nouveaux illustrent la double orientation du pouvoir désormais monolithique au profit de la faction Khamenei : la nomination d'un autre «mollah-procureur » brutal comme successeur de Raïssi à la tête de l'autorité judiciaire et les ambiguïtés et incertitudes réapparues autour des négociations sur le dossier nucléaire à Vienne sensées relancer l'accord de juillet 2015.

Nommé comme le nouveau chef du pouvoir judiciaire le jeudi 1er juillet, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, est un complice de toujours du « Guide Sprême » et de son nouveau président, connu pour son extrême brutalité, incarne le nouveau visage de la face répressive de la théocratie face à une population très en colère en raison d'une longue et profonde crise socio-économique.

Grève dans l'industrie pétrolière et pétrochimique

Sans attendre le changement de gouvernement, les ouvriers et employés des entreprises de sous-traitance des exploitations pétrolières et gazières ainsi que des usines pétrochimiques se sont mis en grève le 19 juin...

La grève s'est étendue à tout le pays et on s'attend à ce qu'elle prenne de l'ampleur et s'étende à toutes les catégories de travailleurs au sein de cette industrie. Les revendications immédiates en sont de meilleurs salaires, une sécurité sociale adéquate et de meilleures conditions de vie, mais à en juger par certaines déclarations de grévistes et des autorités, des tonalités politiques hostiles au régime dans son ensemble sont de plus en plus perceptibles.

La réponse des autorités n'a pas tardé : les médias ont rapporté le lundi 5 juillet que des dizaines d'ouvriers grévistes ont été licenciés notamment par une société de sous-traitance de Gachsaran Petrochemicals.

La surenchère nucléaire

Depuis le 18 juin, la multiplication des signaux négatifs porte à croire que le tandem Khamenei-Raïssi est plus enclin à tester la volonté et les limites de l'administration américaine à faire davantage de concessions sur les sanctions tout en poursuivant leur programme nucléaire ostensiblement militaire. Selon Le Figaro du 29 juin, la fenêtre d'opportunité ouverte par l'élection de Joe Biden, est en train de se refermer...

Bagher Ghalibaf, le président du parlement, a affirmé qu'il ne transmettrait plus les images de surveillance filmées des installations nucléaires. Il considère que les progrès des négociations de Vienne sont « insuffisants ».

Le régime refuse en outre la destruction des centrifugeuses avancées et des stocks d'uranium fortement enrichis, développés en violation du JCPOA depuis 2019... Certains redoutent même que le régime profite de l'été, déserté par les diplomates et les négociateurs occidentaux, pour faire franchir une nouvelle étape au programme nucléaire.

Demande d'enquête de l'ONU sur la passé de Raïssi

Enfin, dans une interview accordée à Reuters lundi 28 juin, Javaid Rehman, le rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Iran, a demandé une enquête indépendante sur l'exécution de masse de milliers de prisonniers politiques par l'Etat iranien en 1988 et sur le rôle joué à l'époque par le président nouvellement élu, Ebrahim Raïssi, en tant que procureur adjoint de Téhéran. Il est prêt à partager les témoignages et preuves que son bureau avait recueilli au fil des ans, si le Conseil des droits de l'homme des Nations unies ou un autre organe met en place une enquête impartiale.

Autant d'interrogations et préoccupations sur l'avenir de l'Iran et notamment cette question cruciale sur toutes les lèvres : quelle alternative à une théocratie répressive essoufflée et en fin de règne ? Celles-ci seront au cœur des interventions et débats d'une conférence internationale intitulée « Sommet mondial pour un Iran libre » qu'organisera le Conseil national de la Résistance iranienne du 10 au 12 juillet.

Outre des dizaines de milliers de participants parmi des centaines de communautés d'expatriés iraniens, des dizaines de personnalités politiques américaines et européennes interviendront lors de cet événement qui offrira aux décideurs politiques l'occasion de discuter de la meilleure approche vis-à-vis de la crise iranienne. Elle mettra également en évidence les autres effets potentiels des sanctions, de l'isolement diplomatique et d'autres mesures visant l'administration Raïssi et le régime dans son ensemble.

Cet événement mondial « au chaud » mérite toute l'attention de ceux qui s'intéressent aux développements de la situation dans un pays clé du Moyen-Orient et son environnement géopolitique au bord de l'explosion.