Pour la première fois les Etats-Unis comprend quelque chose sur l'Iran
29 juin 2018

Yves Bonnet, préfet honoraire et ancien directeur de la DST s'est exprimé au sujet de la relation entre les États Unis et l'Iran et a tenu à revenir sur l'histoire des relations occidentales avec l'Iran. Voici son intervention :

« Nous avons une expression en France qui dit « tout baigne dans l'huile ». Effectivement toute la relation entre les États-Unis et l'Iran baigne dans l'huile c'est à dire baigne dans le pétrole. Le paradoxe le plus extraordinaire est que la démocratie américaine, une vraie démocratie comme la nôtre, qui a tout pour comprendre les idéaux, la voix, le sens de l'action de l'OMPI et du Conseil national de la résistance, qui partage les mêmes vues, qui partage les mêmes principes, n'a rien compris et a fait depuis 65 ans exactement le contraire de ce qu'il fallait faire. Alors aujourd'hui, les français se moquent de M. Trump, la presse française évidemment le brocarde, la classe politique aussi. Alors au risque de paraître un vilain petit canard, je vous dirais que c'est le premier président américain qui comprend quelque chose à la politique extérieure et en particulier à la politique qu'il faut mener au Proche, au Moyen-Orient et particulièrement en Iran.

Alors je vais aller très vite mais je vais quand même vous rappeler que lorsque le docteur Mossadegh, dans une démarche légitime, patriotique et intelligente, a décidé de nationaliser l'Anglo-Iranian Company, c'est à dire mettre fin à la mainmise de la Grande-Bretagne sur le pétrole iranien, les États-Unis, en l'occurrence la CIA et les britanniques ont fomenté un coup d'état qui en 1953 a abouti à renverser le docteur Mossadegh. Ce fut une énorme erreur. Le docteur Mossadegh était un démocrate. Les américains n'en savaient rien. Ensuite, les américains, aidés d'ailleurs des Israéliens, ont aidé le Shah qui était quand même objectivement un dictateur, évidemment à côté des mollahs il pourrait passer pour un modéré mais c'était un véritable dictateur. Ils ont aidé le régime impérial à régner par la force et en particulier ils ont répondu à cette attente qu'ont tous les régimes dictatoriaux de disposer d'une police politique qui lui permet d'assurer la permanence de son pouvoir. Et lorsqu'en 1965, un certain nombre de jeunes gens, de jeunes intellectuels iraniens ont décidé de se dresser contre le pouvoir féodal du Shah d'Iran, ils ont trouvé en face d'eux cette police politique formée par les services américains et les services israéliens. Ce fut la deuxième erreur.

Les Etats-Unis n'ont pas cessé évidemment de soutenir le Shah jusqu'à ce que la faveur du choc pétrolier, le Shah se sente pousser des ambitions, veuille à juste titre d'ailleurs entrer dans la voie du nucléaire et pas seulement civile, probablement du nucléaire militaire, mais, là, il y a eu évidemment un coup d'arrêt donné par les Etats-Unis et partout l'Occident, nous étions complètement solidaires et nous avons donné un coup d'arrêt évidemment à cette volonté du Shah de s'émanciper. Ça a été le sommet de la Guadeloupe, un pays que je connais bien puisque j'en ai été le préfet et la décision prise par Jimmy Carter de laisser tomber le Shah. Les Etats-Unis n'ont pas été très brillants dans cette affaire, la France n'a pas été plus brillante, c'était un pestiféré, il n'a fallu qu'un homme qui avait un certain courage qui s'appelait Sadate accueille le Shah d'Iran et lui rende les honneurs qu'il méritait pour que l'affaire en reste là. Mais les américains avaient passé un accord - les services américains, pas forcément le gouvernement - pour mettre au pouvoir une dyarchie avec l'ayatollah Khomeiny dont tout le monde pensait qu'il était gâteux, l'un à Téhéran, l'autre à Qom. L'ennui c'est que celui qui était à Rome ne s'est pas contenté de rester à Qom et il est rapidement venu à Téhéran.

Vous connaissez ensuite l'histoire avec des épisodes qui sont je crois douloureux pour la fierté américaine, l'invasion ou l'envahissement comme on voudra, de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran, l'équipée malheureuse du président américain qui a essayé de récupérer les otages à la faveur d'une expédition dont je crois que même l'armée française fait beaucoup mieux. Je peux dire du mal des français, entendons-nous bien, enfin une nouvelle cagade comme on dit dans le midi de la France, et les choses n'en sont pas restées là. Nous avons eu ensuite la persistance des Etats-Unis de vouloir à tout prix complaire au régime des mollahs et alors que dans la guerre Iran/Irak, la France avait clairement pris le parti de l'Irak, la France de François Mitterrand qui avait accueilli Massoud Radjavi en France. La France là-dessus a été parfaitement claire. Alors que nous aidions l'Irak, nos amis américains en douce et délirants ont sauvé probablement l'Iran d'un désastre militaire à la faveur de ce qu'on a appelé l'IranGate. Ce n'était malheureusement pas fini. Un certain nombre d'années ensuite, plus tard, les États-Unis ont été le premier pays à coucher l'OMPI sur la liste noire des organisations terroristes. Ce fut l'énième erreur parce que l'Europe, qui fait beaucoup de suivisme vis-à-vis des États-Unis - et M. Trump a raison d'ailleurs de conseiller aux européens de prendre un peu de distance - a évidemment couché l'OMPI sur la liste noire des organisations terroristes. Et il s'en est fallu de très peu, de très très peu, du courage, de l'oxydation, de l'organisation de l'OMPI, du CNRI, pour que cette décision ne soit définitive et ne sonne définitivement le glas des ambitions et des légitimes revendications à l'indépendance, à la dignité et à la justice et à la démocratie du peuple iranien.

Ce n'était pas pour autant fini. En 2003, les États-Unis - ce n'est pas moi qui le dit, un certain nombre de journaux américains - car, j'ouvre une grande parenthèse pour dire que vous les américains avez une immense qualité que nous n'avons pas, c'est que vous savez reconnaître vos torts et qu'on peut tout vous dire. Les français c'est beaucoup plus compliqué. C'est comme une vieille femme un petit peu chochotte qui aime bien les compliments et qui n'aime pas trop qu'on la critique. Mais les États-Unis sont ainsi qu'on peut s'exprimer librement. Alors il y a eu ce grand complot, les services américains et les services français --- il y a eu ce que j'ai appelé ce grand complot en 2003 où les États-Unis et la France ont conclu avec le VEVAK - la police politique de l'Iran - un accord aux termes duquel on allait mettre fin aux activités de l'OMPI. La manœuvre se déroulait en deux temps : en Iran, les américains qui avaient envahi l'Irak, se sont précipités sur les camps de l'armée de libération nationale iranie

nne qui étaient les unités militaires de l'OMPI. Ça s'est d'ailleurs pas passé sans dégâts, parce qu'il y a tout de même eu une cinquantaine de morts, vous me direz que c'est fort peu dans le tableau final, mais tout de même une cinquantaine de morts de membres de l'OMPI qui ont trouvé la mort, et donc on devait normalement, si tout se passait comme convenu, mettre fin aux activités des moudjahidines du peuple en Iran. Heureusement, ils se trouvaient des militaires américains intelligents qui n'ont pas obéi aux ordres. Ils se sont aperçus qu'ils n'avaient pas en face d'eux une bande de criminels, mais des gens qui avaient un idéal, une organisation et que finalement la conception que la résistance iranienne avait de l'organisation politique en général, des droits de l'homme en particulier, était tout à fait la leur, donc ils ont freiné et ils ont arrêté et ils ont empêché que les moudjahidines du peuple soient purement et simplement renvoyés en Iran, où on sait très bien quel sort les attendait.

Quant aux français, ils ont été encore pires. Ils ont été encore pires car eux devaient mettre fin aux activités de l'OMPI à Auvers-sur-Oise. Il y a là 150 personnes dont d'ailleurs beaucoup de femmes, et la police française s'est couverte de gloire en envoyant 1500 policiers et gendarmes - 1500 ! - pour arrêter ces 150 personnes, les transférer à Paris, les interroger, les mettre en garde à vue et décider de leur expulsion. La justice administrative, la justice judiciaire - qui a refusé en vertu des principes juridiques qui sont les nôtres. 

Et ça a été peut-être le coup d'arrêt de cette offensive, ça a été le moment plus exactement, le commencement d'une nouvelle relation et d'une nouvelle compréhension de ce que pouvait représenter l'OMPI. Pourquoi ? Pour une simple raison, c'est que l'OMPI s'est retrouvé avec un leader - Maryam Radjavi - qui n'a pas cédé, qui a montré un courage absolument extraordinaire à ce moment-là. Elle a tenu la maison comme on dit, et la maison ne s'est pas écroulée. Et loin de s'écrouler, elle a pu commencer à regagner du terrain. Elle a regagné du terrain pourquoi ? Parce que dans le même temps, bénéficiant des réseaux dont elle dispose au sein de l'Iran, au sein de la population iranienne et je peux vous dire jusqu'au sein des instances dirigeantes iraniennes, j'en ai les preuves et donc bénéficiant et profitant de cette imprégnation très forte de la résistance iranienne au sein de l'appareil iranien, on a pu découvrir les gens de la résistance, on a pu découvrir que l'Iran qui abusait tout le monde était en train de fabriquer la bombe atomique - l'arme atomique. 

D'ailleurs, entre autres raisons, entre autres explications, il y en avait une qui crève les yeux de tout le monde sauf des diplomates, qui est une espèce évidemment un peu particulière, c'est que les activités nucléaires iraniennes se déroulaient dans des tunnels. Généralement, quand on fait quelque chose dans un tunnel c'est plutôt pour se cacher. N'importe quel crétin le sait, mais nos dirigeants manifestement ne semblaient pas beaucoup s'en rendre compte. Et à ce moment-là, à partir du moment où on a eu la preuve que l'Iran était en train de construire la bombe atomique, les choses ont un peu changé. Malheureusement, le président américain qui est arrivé ensuite. Un président qui avait eu le prix Nobel dès sa première année de présidence, c'est assez extraordinaire, c'est unique dans l'histoire des prix Nobel. 

M. Obama a absolument voulu avoir son heure de gloire et eu son franc succès en négociant avec l'Iran. Mais c'est le genre de pays avec lesquels il ne faut pas négocier justement. Et ça M. Trump l'a parfaitement compris. Alors les choses évidemment ce sont un petit peu embrouillées pour beaucoup mais M. Obama, suivi évidemment par le président français, suivi par le premier ministre britannique ont conclu cet accord du 14 juillet 2015. On a conclu cet accord dont j'ai personnellement dit dès le départ, sans attendre M. Trump que je ne connaissais pas, que c'était un mauvais accord. Et pourquoi c'était un mauvais accord ? Parce que quand vous voulez l'arme nucléaire, il faut deux choses : il faut l'engin, l'explosif, ce qu'on appelle vulgairement la bombe ; mais il faut le moyen de le transporter. Si vous n'avez pas de vecteur pour transporter l'arme nucléaire, elle ne sert à rien. 

Or aujourd'hui dans le monde actuel, le vecteur ça n'est plus la composante pilotée, c'est-à-dire l'aviation, c'est ou le missile balistique intercontinental ou le sous-marin nucléaire lanceur d'engins. L'Iran n'as pas de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins et n'est pas prêt d'en avoir, quelle que soit l'affection que la Russie de M. Poutine lui porte. Par contre l'Iran à des vecteurs, l'Iran avance beaucoup dans le domaine de la balistique intercontinentale et il a d'ailleurs pour l'aider, pour soutenir ses efforts, pour collaborer, un excellent partenaire dans la Corée du Nord dont tout le monde sait que c'est également un régime qui prêche la paix !

Alors voilà, il suffisait de se rendre compte, à voir l'obstination des Iraniens de vouloir continuer à travailler dans le domaine balistique, ils le disent toujours, que bien évidemment c'était l'eurêka d'Archimède. A partir du moment où l'Iran voulait accéder à la capacité d'envoyer des vecteurs donc des missiles balistiques intercontinentaux, ce n'était évidemment pas pour transporter des caisses de fromage mais purement et simplement des engins de destruction massive. Voilà. Heureusement il y a eu les élections américaines, heureusement M. Trump a été élu, heureusement M. Trump a expliqué que cette politique de complaisance vis-à-vis du régime conduisait évidemment à la faillite. Il a eu beau jeu de se référer à toutes les tromperies dont le régime s'est rendu l'auteur à l'égard de tous les pays qui ont discuté avec lui et nous en sommes aujourd'hui à ce constat que pour la première fois depuis 65 ans, nous avons aux États-Unis - pays le plus puissant du monde - un président qui comprend quelque chose aux affaires de l'Iran.»