
Le programme de Reza Pahlavi : une feuille de route vers un régime néo-fasciste
Une enquête indépendante révèle l'activité cybernétique du régime iranien au sein de réseaux promouvant le fils du Shah déchu d'Iran
À mesure que le soulèvement de janvier en Iran s'est intensifié, on a vu émerger, sur les réseaux sociaux comme dans certains médias hors d'Iran, des tentatives visant à présenter Reza Pahlavi comme le « leader du soulèvement ». Cette dynamique s'est accompagnée d'une vaste campagne de communication centrée sur sa personne.
Cette entreprise ne fait toutefois pas l'unanimité. De nombreux observateurs, chercheurs et acteurs politiques expriment de sérieux doutes quant à la légitimité et à la crédibilité de Reza Pahlavi, ainsi que quant à la pertinence de l'option d'un retour - explicite ou implicite - à l'ancien système monarchique en Iran. Ces réserves sont d'autant plus marquées que cette perspective apparaît en contradiction avec les aspirations profondes de la société iranienne contemporaine, et plus particulièrement avec celles des minorités ethniques et nationales, qui représentent près de la moitié de la population du pays.
Les partisans de cette option avancent néanmoins que Reza Pahlavi ne chercherait pas à restaurer la monarchie et que le projet politique qu'il défend serait de nature démocratique. Cet argument mérite d'être examiné avec rigueur, au-delà des slogans et des campagnes d'image.
C'est précisément dans cette optique que nous avons jugé nécessaire d'attirer l'attention sur l'analyse ci-dessous. Car à y regarder de plus près, le document programmatique présenté par Reza Pahlavi révèle de profondes contradictions, tant sur le plan institutionnel que politique, et laisse entrevoir, sous couvert d'un discours démocratique, les contours possibles d'une nouvelle forme d'autoritarisme en Iran.
Dans un contexte marqué par plus d'un siècle de luttes contre des formes successives de pouvoir absolu - monarchique puis théocratique -, la question de l'alternative politique ne peut être abordée à la légère. Elle exige une évaluation sérieuse des projets proposés, de leur cohérence interne, de leur ancrage social réel et de leur capacité à répondre aux exigences démocratiques, pluralistes et inclusives du peuple iranien.
Reza Pahlavi's Platform — A Roadmap to Neo-fascist Rule - The Free Iran Scholars Network
Par le Dr Majid Rafizadeh, politologue diplômé de Harvard et membre du comité consultatif de la Harvard International Review, une publication du Conseil des relations internationales.
Un partisan embrasse le sol devant Reza Pahlavi, évoquant l'image d'une dévotion aveugle et du culte de la personnalité entourant ses ambitions politiques. Un partisan embrasse le sol devant Reza Pahlavi, évoquant l'image d'une dévotion aveugle et du culte de la personnalité.
Le 1er août 2025, Reza Pahlavi a publié un message sur X annonçant que, sous sa supervision, des experts avaient élaboré son plan pour l'avenir de l'Iran. Dans ce même message, il a inclus un lien vers le programme publié sur le site web de NUFDI, son organe de propagande.
Ce programme se décrit en quelques mots comme une feuille de route détaillée pour l'instauration d'une dictature teintée de néofascisme en Iran. Voici quelques-unes de ses dispositions clés :
Points clés du programme – « Après la chute du régime »
1. « Suite au renversement de la République islamique par une révolution nationale menée par le peuple iranien et à la ralliement des forces armées et des forces de l'ordre au peuple, un « Système de transition »[1] gérera le pays pendant la période transitoire. Ce Système de transition opérera sous l'autorité du Guide du soulèvement national [Reza Pahlavi] et sera composé de trois organes : le « Comité du soulèvement national », le « Gouvernement de transition » et le « Pouvoir judiciaire de transition ». »
2. « La nomination et la révocation des dirigeants des trois organes se feront sur proposition du Comité du soulèvement national (nécessitant un vote à la majorité absolue de ses membres) et avec l'approbation du Guide du soulèvement national.»
« A – Comité du soulèvement national »
1. « Exercera les fonctions de pouvoir législatif pendant la période de transition. »
2. « Ses membres, "représentant la diversité et le pluralisme de la nation iranienne unifiée", seront nommés par le Guide du Soulèvement national [Reza Pahlavi]. Toute modification du nombre total de membres ou la révocation d'un membre requiert un vote à la majorité absolue de l'assemblée, ainsi que l'approbation du Guide [Reza Pahlavi]. »
3. « Une fois le Mahestan élu, le rôle législatif de l'Organe du Soulèvement national prendra fin, mais il conservera un rôle consultatif auprès du Guide jusqu'à la dissolution du Gouvernement de transition, qui dissoudra également l'Organe du Soulèvement national. »
Notre emphase : Même dans sa phase législative, cet organe demeure un organe consultatif auprès du Guide. L'emploi du terme Mahestan est significatif : il désigne un ancien conseil aristocratique iranien, purement consultatif et réservé à l'élite.
« B – Gouvernement de transition »
1. « Exercera le pouvoir exécutif pendant la période de transition. »
2. « Les ministres seront nommés par le chef du gouvernement [lui-même nommé par Reza Pahlavi] après approbation de l'Organe du soulèvement national (tous nommés par Reza Pahlavi). »
3. « La structure du gouvernement de transition (par exemple, le nombre de ministères et d'agences) sera déterminée en consultation avec l'Organe du soulèvement national et avec l'approbation du Leader. »
« C – Tribunal de transition »
1. « Il exercera les fonctions judiciaires pendant la période de transition. »
2. « Son président, un juriste distingué et réputé (de préférence un juge), sera nommé et révoqué selon la procédure décrite à l'article 4 du présent document. » [C'est-à-dire proposé par l'Organe du soulèvement national, tous ses membres étant nommés par Reza Pahlavi et approuvés par Reza Pahlavi lui-même.]
« Durée de la période de transition »
1. « Le processus proposé prévoit une durée minimale de 18 mois et maximale de 36 mois, pouvant être prolongée en cas de circonstances imprévues (par exemple, catastrophes naturelles ou guerre). »
2. « Toute prolongation au-delà de six mois requiert l'approbation des trois instances (Organe national de soulèvement, Gouvernement de transition, Pouvoir judiciaire de transition) [toutes nommées par Reza Pahlavi] et celle du Leader [Reza Pahlavi]. »
« Maintien des fonctions essentielles »
1. « Le gouvernement de transition, soucieux de stabiliser le pays, s'efforcera d'assurer la continuité des fonctions essentielles. Le plan définit les stratégies pour les six premiers mois afin de préserver la stabilité sociale dans les secteurs public et privé. »
2. « Une mesure clé pour maintenir l'ordre public et prévenir les troubles sociaux » est l'instauration de la loi martiale dans 20 villes critiques et à haut risque.
3. « Au titre de la « protection des sites sensibles », il est prévu la création d'un groupe unifié chargé de recouvrer les biens publics, relevant directement du chef de l'autorité de transition [Reza Pahlavi]. Cette unité spéciale doit disposer de pouvoirs exécutifs, juridiques et opérationnels lui permettant d'agir avec détermination, sans lenteurs bureaucratiques. »
Conclusions
La structure proposée est fortement autoritaire : une extrême concentration du pouvoir entre les mains d'un seul dirigeant ; absence d'élections ; absence de séparation des pouvoirs ; absence de transparence et de responsabilité.
Selon ce plan, un gouvernement dirigé par Reza Pahlavi se maintiendrait au pouvoir pendant au moins trois ans, Pahlavi exerçant un contrôle autocratique absolu : il nommerait personnellement les chefs de l'exécutif, du législatif, du judiciaire et des services de renseignement, sans rendre de comptes à personne.
Le « Système de transition » est calqué sur le régime clérical dans sa structure et, à certains égards, le surpasse en autoritarisme en éliminant toute participation citoyenne.
Sous prétexte de rallier les forces de l'ordre au régime, même la justice transitionnelle est conditionnée par un référendum, offrant ainsi aux auteurs de crimes contre l'humanité la possibilité d'un « pardon ». Les commissions de vérité et les tribunaux transitionnels, s'ils étaient créés, fonctionneraient sous le même contrôle centralisé, devenant des instruments de consolidation de la dictature plutôt que de garantie de la justice.
Le plan préserve les organes répressifs du régime, notamment le ministère du Renseignement, et intègre le personnel des Gardiens de la révolution au sein d'autres forces de sécurité. L'engagement de « maintenir des forces de l'ordre rigoureusement sélectionnées » devient alarmant lorsqu'il s'accompagne d'un cadre explicite pour la Police spéciale et les unités anti-émeutes, chargées du « contrôle des foules » et des « opérations anti-émeutes », soit le vocabulaire même de la répression de rue du régime actuel. Dans une véritable transition démocratique, la priorité absolue doit être la protection du droit de manifester, et non le renforcement des structures policières anti-manifestations.
En matière de politique étrangère et de changement de régime, le plan ne propose aucune stratégie réaliste ancrée dans une organisation interne. Il part du principe que la « chute du régime » est déjà advenue. Le fondement politique ne repose pas sur une force sociale organisée en Iran, mais sur deux piliers : une figure de proue héréditaire et un soutien étranger, une politique qui sape le soulèvement populaire et fait le jeu du régime clérical.
Aucun programme concret n'est prévu pour les minorités ethniques iraniennes (par exemple, les Kurdes) ; l'accent est mis en revanche sur la lutte contre la menace imaginaire du « séparatisme et des menaces ethno-sectaires dans les zones frontalières », une lutte qui incombe à l'armée. Ce plan confère à Reza Pahlavi une autorité illimitée, sans aucun mécanisme de responsabilité ni de contrôle, des pouvoirs comparables uniquement à ceux d'une monarchie absolue ou du Guide suprême sous l'égide du velayat-e faqih. La « transition » qu'il envisage est une transition imposée d'en haut, soutenue par des gouvernements étrangers, et non un mouvement démocratique populaire. Le dirigeant héréditaire est au cœur de toutes les nominations, supervise la justice transitionnelle et commande les forces de répression. Il n'y a aucune garantie d'un véritable contrôle parlementaire, aucune protection du droit de manifester, aucune garantie de la liberté de la presse et aucune interdiction du déploiement d'unités anti-émeutes contre les manifestations politiques.
Ce n'est pas un programme pour la démocratie ; c'est un programme visant à instaurer une dictature absolue, déguisée en démocratie. S'il était mis en œuvre, il ne différerait de la dictature et du néofascisme que par la forme, et non par le fond. La démocratie commence par un peuple organisé, et non par un dirigeant tout-puissant.
En bref :
Aucun plan d'action concret pour un changement de régime
Pouvoir absolu pendant trois ans (ou plus)
Maintien des forces répressives du régime sous de nouveaux noms et uniformes
Création d'une nouvelle agence de sécurité relevant directement du Guide suprême
Maintien des lois du régime clérical jusqu'à nouvel ordre
Conséquence : Une nouvelle dictature – ni liberté, ni souveraineté populaire.
Note 1 : Le terme « Système de transition » désigne trois institutions qui gouverneront l'Iran pendant la période de transition sous l'égide du prince Reza Pahlavi. Ces trois organes sont : l'Organe du soulèvement national (pouvoir législatif), le Gouvernement de transition (pouvoir exécutif) et le Tribunal de transition (pouvoir judiciaire).
Majid Rafizadeh est politologue et ancien élève de Harvard. Il est titulaire d'un doctorat en sciences politiques et relations internationales, d'une maîtrise en politique mondiale, d'une maîtrise en journalisme et d'une maîtrise en linguistique. Il est également titulaire d'une licence en traduction, avec une spécialisation en anglais, arabe et persan. Le Dr Rafizadeh parle couramment l'arabe, l'anglais et le persan. Il siège au comité consultatif de la Harvard International Review, publication du Conseil des relations internationales de l'Université Harvard. On peut le contacter à l'adresse suivante : dr.rafizadeh@post.harvard.edu.
